Le jeudi 5 janvier 2023, 09h30, place saint au Vatican ont eu lieu les funérailles du pape émérite Benoît XVI, décédé lé 31 décembre 2022. Après les lectures bibliques choisies pour la circonstance Isaïe 29, 16-19; Psaume 22; 1Pierre 1, 3-9; Evangile selon saint Luc 23, 39-46), la pape François a dit l’homélie; ule homélie simple et profonde, à l’image du défunt pape.
« Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 23, 46).
Ce sont les dernières paroles que le Seigneur a prononcées sur la croix ; son dernier
soupir – pourrait-on dire -, qui confirme ce qui a caractérisé toute sa vie :
une permanente remise de soi entre les mains de son Père. Des mains de pardon
et de compassion, de guérison et de miséricorde, des mains d’onction et de
bénédiction qui le poussèrent à se livrer aussi aux mains de ses frères.
Le Seigneur, ouvert aux histoires qu’il rencontrait sur son chemin, s’est laissé
ciseler par la volonté de Dieu en prenant sur ses épaules toutes les conséquences
et les difficultés de l’Évangile, jusqu’à voir ses mains meurtries par amour :
« Vois mes mains », dit-il à Thomas (Jn 20, 27), et il le dit à chacun de nous.
Des mains meurtries qui vont à la rencontre et ne cessent de s’offrir, afin que
nous connaissions l’amour que Dieu a pour nous et que nous croyions en lui (cf.
1 Jn 4, 16).[1]
« Père, entre tes mains je remets mon esprit » est l’invitation et le programme de vie
qui inspire et veut modeler comme un potier (cf. Is 29, 16)
le cœur du pasteur, jusqu’à ce que palpitent en lui les mêmes sentiments que ceux
du Christ Jésus (cf. Ph 2, 5). Dévouement reconnaissant de service au Seigneur
et à son Peuple qui naît du fait d’avoir accueilli un don totalement gratuit :
“Tu m’appartiens… Tu leur appartiens”, susurre le Seigneur ; “Tu es sous la
protection de mes mains, sous la protection de mon cœur. Reste dans le creux de
mes mains et donne-moi les tiennes”.[2] C’est la condescendance de Dieu et sa
proximité capable de se placer dans les mains fragiles de ses disciples pour
nourrir son peuple et dire avec lui : prenez et mangez, prenez et buvez, ceci
est mon corps qui s’offre pour vous (cf. Lc 22, 19).
Un dévouement priant, qui se façonne et s’affine silencieusement entre les
carrefours et les contradictions que le pasteur doit affronter (cf. 1 P 1, 6-7)
et l’invitation confiante à paître le troupeau (cf. Jn 21, 17). Comme le
Maître, il porte sur ses épaules la fatigue de l’intercession et l’usure de
l’onction pour son peuple, surtout là où la bonté doit lutter et où les frères
voient leur dignité menacée (cf. He 5, 7-9). Dans cette rencontre d’intercession,
le Seigneur continue à générer la douceur capable de comprendre, d’accueillir,
d’espérer et de parier au-delà des incompréhensions que cela peut susciter. Une
fécondité invisible et insaisissable, qui naît du fait de savoir dans quelles
la confiance a été placée (cf. 2 Tm 1, 12). Une confiance priante et
adoratrice, capable d’interpréter les actions du pasteur et d’adapter son cœur
et ses décisions aux temps de Dieu (cf. Jn 21, 18) : « Être le pasteur veut
dire aimer, et aimer veut dire aussi être prêt à souffrir. Aimer signifie :
donner aux brebis le vrai bien, la nourriture de la vérité de Dieu, de la
parole de Dieu, la nourriture de sa présence ».[3]
Un dévouement soutenu par la consolation de l’Esprit, qui le précède
toujours dans la mission : dans la quête passionnée de communiquer la beauté et
la joie de l’Évangile (Cf. Exhortation Apostolique Gaudete et exsultate n.57),
dans le témoignage fécond de ceux qui, comme Marie, restent de bien des
manières au pied de la croix, dans cette paix douloureuse mais solide qui
n’agresse ni ne soumet ; et dans l’espérance obstinée mais patiente que le
Seigneur accomplira sa promesse, comme il l’avait promis à nos pères et à sa
descendance à jamais (cf. Lc 1, 54-55). Nous aussi, fermement attachés aux
dernières paroles du Seigneur et au témoignage qui a marqué sa vie, nous
voulons, en tant que communauté ecclésiale, suivre ses traces et confier notre
frère aux mains du Père : que ces mains de miséricorde trouvent sa lampe
allumée avec l’huile de l’Évangile qu’il a répandue et dont il a témoigné
durant sa vie (cf. Mt 25, 6-7).
Saint Grégoire le Grand, à la fin de la Règle pastorale, invite et exhorte
un ami à lui offrir cette compagnie spirituelle : « Au milieu des tempêtes de
ma vie, je me console par la confiance que tu me tiendras à flot sur la table
de tes prières, et que, si le poids de mes fautes m’abat et m’humilie, tu me prêteras
le secours de tes mérites pour me relever ». C’est la conscience du pasteur
qu’il ne peut pas porter tout seul ce que, en réalité, il ne pourrait jamais
supporter tout seul et, par conséquent, il sait s’abandonner à la prière et au
soin du peuple qui lui est confié.[4] C’est le peuple fidèle de Dieu qui,
rassemblé, accompagne et confie la vie de celui qui a été son pasteur. Comme
les femmes de l’Évangile au sépulcre, nous sommes ici avec le parfum de la
gratitude et l’onguent de l’espérance pour lui démontrer, encore une fois,
l’amour qui ne se perd pas. Nous voulons le faire avec la même onction,
sagesse, délicatesse et dévouement qu’il a su prodiguer au cours des années.
Nous voulons dire ensemble: “Père, entre tes mains nous remettons son esprit”.
Benoît, fidèle ami de l’Époux, que ta joie soit parfaite en entendant sa
voix, définitivement et pour toujours !